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Le témoignage de Jonathan

Chères lectrices, chers lecteurs, les témoignages que nous souhaitons vous proposer de lire sont très importants pour nous. Ils nous permettent de  poursuivre notre volonté de partager et d’échanger sur le thème de la haute sensibilité. A travers eux, nous souhaitons démontrer toute la diversité de la sensibilité élevée, unique à chacun.e. Si vous souhaitez vous aussi témoigner pour notre blog, nous avons créé un Google Form accessible sur ce lien : https://forms.gle/yYgoF2mhhUWsyBNA9

Aujourd’hui c’est au tour de Jonathan de nous raconter son histoire. Nous avons commencé à discuter sur instagram sur le sujet de la haute sensibilité et il a découvert notre blog. Abonné puis ami, il se livre à travers son témoignage. Un grand merci à lui et bonne lecture à toutes et à tous.


Du plus loin que je m’en souvienne, je me suis toujours senti en décalage. Légèrement timide, très émotif et constamment en train de chercher ma place. 

Déjà tout jeune, j’avais tendance à me mettre une pression de dingue, et à tout sur-anticiper, de peur de décevoir mon entourage. À côté de ça, lors de grosses soirées où il y avait beaucoup de monde, je fatiguais très vite, et je réclamais pour partir. Mes parents prenaient ça pour un caprice alors que c’était quelque chose qui me coûtait énormément. 

Mon principal trait de caractère étant l’empathie, on m’a énormément fait remarquer que j’étais « trop » gentil, « trop » émotif ou d’en « faire des caisses ». Ma mère m’a même raconté que, tout petit, je piquais des crises énormes, je ne maîtrisais pas mes émotions, et encore moins ma colère, au point de finir tout habillé sous la douche froide.

Les années passant, j’ai réussi à un peu canaliser tout ça, c’est là que j’ai commencé à beaucoup intérioriser, mais je me rendais malade physiquement. J’ai développé une anxiété chronique qui me provoquait de nombreux maux de ventre ou d’autres symptômes bizarres. Par exemple, l’année de mon Brevet, alors que j’avais déjà mon diplôme avec le contrôle continu, 5 ganglions sont apparus sur mon crâne. L’année de mon BTS, j’ai eu des symptômes cliniques d’une appendicite, au final, j’avais la paroi des intestins bourrée d’ulcères.

Dans ma vie d’adulte, j’ai continué à ressentir des douleurs en tous genres dès que je me sentais mal à l’aise.

J’ai continué à faire énormément d’efforts sur le plan social pour « rentrer dans le moule », mais il y avait un prix à payer : je ressentais une fatigue extrême très régulièrement ; et la désagréable impression de ne pas réussir à me reposer. Je ne savais pas dire « non », donc j’acceptais des invitations et des sorties par peur de décevoir alors que je n’en avais pas forcément envie. A l’époque, je ne connaissais pas la notion de batterie sociale : par conséquent, mon corps et mon cerveau me le faisaient payer au centuple à coups de crises d’anxiété, de baisses de moral ou encore de maux de ventre ou de crâne à vouloir me jeter par la fenêtre.

Au travail, je vivais un enfer permanent à cause des bruits répétitifs. Je peux même faire la liste de ces sons qui m’ont rendu totalement dingue :

  • La trotteuse de l’horloge
  • Le claquement des ongles de ma collègue sur son clavier ou sur son bureau (elle avait de très longs ongles)
  • Le bruit des planeurs au-dessus de mon agence (qui était à proximité d’un aérodrome)
  • Les « bips » de recul des camions ou des chariots élévateurs

Il n’était pas rare que j’entende des sons que personne d’autre n’entendait, j’avais l’impression d’être fou ; j’ai appris bien plus tard que mon ouïe était plus développée que la norme, j’avais donc une très forte sensibilité à certains sons et certaines fréquences.

J’avais aussi une tendance à la sur-analyse, et à la sur-empathie : en véritable éponge émotionnelle, je portais les inquiétudes et les souffrances de mon entourage, tout en prenant soin de mettre les miennes sous le tapis, bien cachées, bien enfouies. Tout cela n’arrangeait pas mon anxiété.

Bref, c’est à l’âge de 41 ans que j’ai connu une bascule : je fais un malaise sur mon lieu de travail. Le lendemain, je n’arrive plus à sortir de ma salle de bain. Rendez-vous chez le médecin. Verdict : syndrome d’épuisement au travail (plus communément appelé « burn-out »). 

Pour me soigner, mon médecin m’envoie consulter une psychiatre. Cette professionnelle, lors de ma thérapie, détecte ma haute sensibilité, par le biais de ce que je lui explique à mon sujet (et aussi avec différentes questions ciblées). Et là, tout devient plus clair !!! Mais je prends peur : pourquoi je suis comme ça ? Comment vais-je faire ?

Avec elle, j’ai appris à gérer ma batterie sociale, à dire « non » quand il le fallait, et aussi à ne pas me mettre dans une case.

Être hautement sensible n’est pas un handicap, c’est être doté de capacité « hors-normes ». Alors, plutôt que d’être la victime de cet état, je vais être celui qui s’en sert comme d’un outil.

L’anxiété ? Elle n’a pas disparue, mais elle a nettement diminué.

La fatigue ? Elle se fait beaucoup moins sentir, grâce à une bonne gestion des activités.

Les bruits parasites ? Je suis en train d’y travailler, mais j’arrive maintenant à les étouffer à l’aide de ma bulle de protection.

La sur-empathie ? La thérapie m’a fait comprendre beaucoup de choses. De plus, je me suis engagé comme bénévole dans la protection de l’enfance : contre toute attente, ça m’a permis de concentrer mes efforts sur une vraie cause et de prendre du recul.

J’ai encore beaucoup à apprendre pour cohabiter avec ma haute sensibilité, mais mon message, c’est de savoir identifier les points de souffrance et de ne pas chercher à les éradiquer. Il est préférable d’en faire une force, comme un super pouvoir. C’est un peu comme le vieux proverbe : « when life gives you lemons, make lemonade ».

J’espère que mon témoignage saura vous rassurer sur le fait d’être une personne hautement sensible, ou vous aider à comprendre les personnes qui sont dans ce cas.

Merci de votre bienveillance…


Dernièrement Jonathan a participé au podcast de son ami Steven intitulé Kilomètre Zéro. Nous vous partageons son épisode où il nous parle de son burn out.

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