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Le témoignage de Léa

Cela fait un peu plus d’un mois que nous avons lancé le blog, et aujourd’hui, nous sommes très heureux d’inaugurer enfin cette catégorie Témoignages. Les témoignages que nous souhaitons vous proposer de lire sont très importants pour nous. Ils nous permettent de  poursuivre notre volonté de partager et d’échanger sur le thème de la haute sensibilité. A travers eux, nous souhaitons démontrer toute la diversité de la sensibilité élevée, unique à chacun.e. Si vous souhaitez vous aussi témoigner pour notre blog, nous avons créé un Google Form accessible sur ce lien : https://forms.gle/yYgoF2mhhUWsyBNA9

Les danseuses d’automne (1), 2020, L.Texier.

Dans un article précédent, nous vous parlions de Léa, qui a fait notre logo Deeply Sensitive. Il se trouve que Léa est aussi hautement sensible, comme nous, en plus d’être Haut Potentiel (HP). La thématique de la douance est souvent liée à la Haute Sensibilité (HS) car 90% des HP sont HS (les HS ne sont pas forcément HP. Pour rappel, 2 à 3% de la population serait HP contre 30% de HS. Être HP ne veut pas dire être plus intelligent, il s’agit seulement d’une autre façon de réfléchir et de penser). Cela nous semblait important de présenter le témoignage de Léa en premier sur notre blog. C’est un peu notre manière à nous de la remercier d’avoir travaillé avec nous sur notre projet, dont elle fait maintenant un peu partie. 

Avec Léa, on se connaît depuis la maternelle. Je pourrais même vous montrer des photos de nos petites bouilles, mais gardons un peu de mystère vous voulez bien ? Toutes les deux, on s’est suivies toute notre scolarité, jusqu’au lycée. Et puis ensuite, est arrivé ce qui devait arriver : la vie. On s’est perdues de vue pendant nos études supérieures. Après 3 ou 4 ans sans nouvelle, nous avons fini par nous retrouver sur les réseaux sociaux. En vérité, c’est plutôt Léa qui m’a retrouvée et qui a repris contact, et je la remercie beaucoup pour ça. C’est en partageant des posts concernant la haute sensibilité sur mon compte Instagram personnel que nous avons commencé à échanger sur ce sujet de la haute sensibilité. Un jour, je lui ai parlé de cette idée de blog que nous avions avec David, et étant designer et graphiste, elle m’a tout de suite proposé son aide pour le logo. J’ai été plus que ravie de retrouver une ancienne amie et encore plus qu’elle nous accompagne dans notre aventure Deeply Sensitive. Nous n’aurions pu espérer mieux. Pas besoin de vous dire que le courant est super bien passé entre David et Léa, qui ne se connaissaient pas du tout, mais qui pour autant se sont tout de suite compris et entendus !  Je ne reviens pas ici sur le processus de création du logo car Léa dédie plusieurs posts à ce sujet sur son Instagram @lea.texier_design. Ce qui nous intéresse ici, c’est son histoire personnelle en tant que personne HS et HP. 

Alors, ça vous dit d’aller rencontrer Léa ? C’est parti ! 


Les danseuses d’automne (3), 2020, L.Texier.

«  On m’a appris à 22 ans que j’étais ce qu’on appelle une HPI hypersensible. A 22 ans, on pourrait s’imaginer que je m’en doutais un peu… et bien pas du tout. En fait si, mais pas sous ces termes-là. Je m’appelle Léa, à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai 23 ans et cela fait 1 an que je me sais Haut Potentiel Intellectuel et hypersensible. 

Rétrospectivement, je me rends compte qu’effectivement, j’ai été une enfant avec presque toutes les caractéristiques associées aux HP. Excellente à l’école, besoin incessant de m’occuper l’esprit et les mains, la parole ultradéveloppée depuis très jeune, mais aussi des aspects moins glamour comme une grosse insécurité face à mes capacités, des difficultés à faire dans la demi-mesure, notamment dans les relations sociales, etc… Les années ont passé, j’ai fait mon bonhomme de chemin jusqu’à l’aube de la vie adulte. Je m’en sortais bien, en tout cas je faisais bonne figure. Mais je sentais qu’au fur et à mesure que je vivais mes expériences qui me construisaient, quelque chose grandissait avec moi. J’ai essayé de l’identifier quelques fois, mais sans réellement réussir à saisir de quoi il s’agissait, si c’était positif ou négatif, si c’était dangereux ou non. 

Et puis est arrivée l’année 2020 qui, je le savais depuis des années, serait synonyme de gros changements. L’année de mon diplôme, celle de mon entrée dans la vie active, de retour en France après avoir passé 6 mois à l’étranger, l’occasion de faire de nouvelles rencontres dans une nouvelle ville, mon indépendance financière, et pourquoi pas un petit animal de compagnie à moi. Bref, beaucoup d’espoir, de projets, quelques inquiétudes car beaucoup de choses allaient se décider au fil des mois, j’en attendais beaucoup. Et comme pour nous tous, j’ai été freinée puis stoppée par la pandémie. Retour chez mon père, stage à distance, je me retrouve à vivre au sein de ma famille recomposée, dans une maison que je ne connais pas. Au final, 2020 aura surtout été rythmée par de nombreuses interrogations quant à l’avenir, ce qui a toujours été une grande source d’angoisse pour moi. 

Des fleurs en pictogramme, 2021, L.Texier.

Mais malheureusement, ce quelque chose qui grandissait avec moi a finalement profité de ce moment où, à part le travail et les quelques instants en famille, je n’avais rien à faire, pour se manifester. Et la Léa que j’étais s’est transformée en une coquille vide, qui se confronte à tout le monde pour rien, qui n’a plus de projet, qui angoisse, etc… Jusqu’à ce que je réalise que j’étais devenue éponge. Une énorme éponge à émotions. Pour me protéger de mes propres angoisses et peurs face à la situation, j’ai inconsciemment commencé à éprouver les émotions de mes proches, à les amplifier voire à les déformer en une énergie négative. Je ne me ressemblais plus. 

Heureusement, mes parents ont assez vite senti que je n’étais plus vraiment maîtresse de mes émotions, et que surtout je vivais très mal mon attitude car je n’en comprenais pas l’origine. Ils m’ont proposé de me faire tester et éventuellement accompagner par un neuropsychologue. J’ai hésité car j’avais peur de ce que les tests démontreraient… j’ai finalement accepté. Et j’ai découvert que mon profil portait un nom, Haut Potentiel, et que mes capacités, qui avaient été parfois des atouts, parfois non, correspondaient à un QI plus élevé que la moyenne, et que mon caractère avait été également en partie façonné par mon hypersensibilité. 

Alors qu’avant le test j’avais peur que les résultats m’enferment dans des cases et me définissent, j’ai alors compris qu’au contraire, ils allaient me libérer. Me libérer de mes interrogations, de mes doutes, de mes angoisses sur le fait que je me sentais différente de mes proches. Et alors je savais que cette Léa qui n’était pas moi depuis quelques semaines allait partir pour ne plus jamais revenir, parce que je savais désormais pourquoi elle était apparue, et comment la tenir à distance. 

J’ai alors démarré un long processus d’acceptation de moi, en commençant par comprendre ce qui faisait de moi quelqu’un de positivement différente. Mes forces, mes faiblesses, mes qualités, mes défauts. Puis j’ai commencé à définir qui je voulais être, et à me faire confiance pour le devenir. Ce processus est toujours en cours, mais je me sens mieux depuis que je l’ai entamé. 

Bujo, juillet 2020, L.Texier.

Aujourd’hui, je sais que mon hypersensibilité est une richesse mais aussi un danger parfois. Notamment, étant de nature très empathique, et alors que la situation sanitaire a toujours des conséquences sociétales fortes, il est devenu primordial pour moi de prendre de la distance face aux émotions des autres. Je réapprends à être empathique dans une mesure sécurisante pour moi. Mais je fais attention à ne pas y renoncer car j’aime cet aspect de ma personnalité et je souhaite conserver ma capacité à tout ressentir, tout en faisant désormais attention à doser le niveau d’intensité. 

Ce qui m’aide au quotidien à assimiler cette nouvelle connaissance de moi-même, c’est de repenser à qui j’étais, plus jeune. Par exemple, j’ai toujours été une grande nostalgique. Dès qu’un bon moment prenait fin (et parfois même avant qu’il ne soit terminé) j’étais déjà nostalgique, comme si c’était déjà un lointain souvenir à chérir. Je comprends mieux maintenant qu’au-delà du moment, c’est le sentiment de plénitude, de bonheur, de joie, d’euphorie, etc, que j’avais ressenti si intensément qu’il m’était douloureux de m’en défaire une fois le moment fini. Je repense aussi parfois à ces nuits où le sommeil ne venait pas car ma tête fourmillait. Les pensées de mon cerveau HPI et mes émotions associées se disputaient mon attention. Comme je réfléchis en arborescence, la moindre émotion, le moindre souvenir ou mot déclenchait une avalanche de réflexions silencieuses. Encore aujourd’hui, cela m’arrive, et heureusement d’ailleurs, cela me rappelle que je suis toujours la même au fond ! Seulement, aujourd’hui, j’apprends à développer des astuces pour me sortir de là, notamment par de la petite méditation (comme focaliser son attention juste sur la respiration. Ça peut vous paraître facile, mais pour moi c’est un vrai défi de rester concentrer plus de 2 minutes là-dessus !). 

Les exemples ne manquent pas, qu’ils soient conjugués au passé ou au présent. Être une HP demande d’être en permanence consciente de ce qui m’entoure afin de pouvoir m’y adapter (pour me protéger surtout). Le temps fera le reste pour que cela devienne un réflexe et non plus un effort conscient, j’en suis sûre. Après tout, s’il y a bien une chose que ces derniers mois m’ont appris, c’est d’être résiliente. Et comme on dit : adapt, improvise, overcome ! 

Léa » 


Peut-être vous retrouverez-vous dans le témoignage de Léa, si c’est le cas, n’hésitez pas à nous le dire en commentaire. Si vous avez des questions à lui poser, vous pouvez nous envoyer un mail si vous le souhaitez, nous lui transmettrons. Vous pouvez également la contacter directement sur son Instagram @lea.texier_design

Lanterne et Mimosa, aquarelle, 2021, L.Texier.

Le témoignage de Léa est extrêmement positif, et pour cause, c’est une personne profondément positive, enthousiaste et optimiste. Comme tout le monde, elle connaît des hauts et des bas, et être HP et HS n’est pas simple tous les jours. Découvrir qu’elle était HP et HS fut un peu brutal, mais elle l’a accepté doucement, et aujourd’hui, elle est prête à avancer. Humble et modeste, cela n’a pas été facile pour Léa de parler d’elle. Pour approfondir son témoignage écrit, nous avons fait un zoom, et on a parlé des heures tous les trois… C’était un échange très riche qui nous a permis de mieux comprendre son parcours : Léa a eu la chance d’être très soutenue dans son enfance, c’était une enfant valorisée par son entourage. Elle a tout de suite compris comment fonctionnait le système scolaire et l’École en général. Cependant, elle ne comprenait pas vraiment ce qui concernait les relations sociales, et l’école est devenue son refuge. C’était une excellente élève. On lui a plusieurs fois proposé de sauter des classes, mais ses parents ont toujours refusé pour ne pas qu’elle perde ses repères, tout comme ils ont toujours refusé de lui faire passer des tests de Q.I quand elle était petite. Puisqu’elle n’a jamais su qu’elle était HP et HS, elle sentait qu’elle était tout de même différente. Elle devait sans cesse se sur-adapter à ce qui l’entourait, ce qui a généré beaucoup de phobies et d’angoisses dans sa vie de jeune adulte. Lors de notre échange, Léa nous a parlé de « situation de handicap », en nous disant quelque chose de très juste : une personne est en situation de handicap non pas car elle n’est pas conforme à la société mais car la société n’est pas adaptée pour elle. Et c’est un peu ce qu’elle a ressenti parfois, la société n’était pas adaptée à elle. Aujourd’hui, elle a décidé de prendre soin d’elle sans attendre des autres et de prendre sa vie en main. S’en est fini pour elle d’entrer dans les moules pour se conformer. Peu mais très bien entourée, elle est désormais à son compte en tant que graphiste et exprime toute sa sensibilité à travers sa créativité. Si elle rencontre encore quelques difficultés, notamment en raison de sa forte empathie, elle ne se détacherait pour rien au monde de sa haute sensibilité ni de toutes ses capacités de HP, car elle a compris que sa singularité faisait d’elle une personne positivement différente. 

Quelques recommandations de lectures

Nous avons demandé à Léa quels livres elle avait lu pour s’aider ou se faire du bien. Il y a tout d’abord le bien connu Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, de Jeanne Siaud Facchin (Ed. Odile Jacob, 23,9€). Elle nous a expliqué qu’elle ne se mettait pas la pression pour finir absolument cette lecture, qu’elle souhaitait prendre son temps et s’écouter en allant piocher par ci par là dans ce livre lorsqu’elle en ressent le besoin. Outre cet ouvrage, Léa nous a parlé de romans qui l’ont beaucoup marqué et qui lui ont parlé. Il ne s’agit pas d’ouvrages spécialisés sur la douance, mais peut-être vous feront-ils du bien à vous aussi :

  • Raphaëlle Giordnao, Ta deuxième vie commence lorsque tu comprends que tu n’en as qu’une, Ed. Pocket, 6,90€.
  • Gilles Legardinier, Une fois dans ma vie, Ed. J’ai Lu, 8,20€.
  • Agnès Ledig, Pars avec lui, Ed. Pocket, 6,90€.
  • Elena Ferrante, L’amie prodigieuse, Ed. Gallimard, 8,90€.
  • Don Miguel Ruiz, Les quatre accords toltèques, la voie de la liberté personnelle, Ed. Jouvence Poches, 8,40€. Léa n’a pas lu ce livre en entier, mais sa mère lui a partagé, et elle s’est beaucoup reconnue dans les accords suivants : « toujours faire de son mieux » et « ne pas faire de supposition ». Ces accords l’ont beaucoup aidé à moins se plaindre au quotidien, à relativiser, voir le bon côté des choses et selon ses propres mots, à « presque voir la vie en rose ». 

Note pour Léa : Léa, nous te remercions un nouvelle fois de t’être confiée à nous et de nous avoir accordé ta confiance. Nous éprouvons beaucoup de gratitude envers toi pour tout ce que tu as fait pour nous et pour le blog. Merci du fond du cœur. 

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