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« Travailler » sur soi

J’exagère un peu, mais à travers la plupart des livres de développement personnel, on nous dit quoi faire ou ne pas faire, on nous dit comment agir pour changer, on nous dit quel type de personnes fréquenter, on nous dit comment manger pour se sentir mieux bla-bla-bla… On nous dit comment vivre. On nous dit qu’il faut “travailler sur soi”. 

Lorsqu’on me disait que j’étais “trop” ci ou “trop” ça. J’ai pensé qu’il fallait travailler sur moi. Lorsqu’on me disait que se tenir comme ci ou comme ça était mal, j’ai pensé qu’il fallait travailler sur moi. Lorsqu’on me disait que tel vocabulaire était vulgaire, j’ai pensé qu’il fallait travailler sur moi. Lorsqu’on me disait que telle apparence n’était pas jolie, j’ai pensé qu’il fallait travailler sur moi. Et j’ai dit STOP. J’ai dit stop très tôt. Je me suis aperçue assez jeune qu’il n’y avait pas qu’un modèle mais qu’il y en avait une multitude. J’ai compris très jeune que tout ce qu’on me disait résultait du passé de chacun et de son vécu personnel. Aujourd’hui, je sais que tout ce qu’on me dit résulte des croyances personnelles de chacun.e. Prendre du recul sur absolument tout dans la vie m’a permis d’y voir plus clair. Malgré ça, je continuais de travailler sur moi.

Je pensais que c’était bien, de travailler sur soi. Que ça voulait dire qu’on avançait, et que d’une certaine manière, on s’élevait. Je pensais que ça voulait dire que je comprenais davantage les choses, que je me comprenais mieux moi et les autres. Il y a encore deux ans, au nouvel an, quand on me demandait quelles étaient mes résolutions, je répondais : “continuer de travailler sur moi”. Pour moi, ça voulait dire continuer de mieux comprendre ma sensibilité au quotidien, de mieux l’écouter, de mieux traverser mes émotions, de me libérer de mes croyances limitantes. Pour ceux qui m’écoutaient, je ne sais pas ce que ça voulait dire. En réalité, je crois que tout le monde à une définition bien à soi de ce fameux “travailler sur soi”.

Je me suis interrogée sur cette expression à la suite du livre Lettre ouverte aux âmes sensibles qui veulent le rester (Ed. Larousse), de Saverio Tomasella, dont je vous parle en détail juste ICI. Dans un chapitre nommé “la tendresse de l’amour vrai”, l’auteur évoque la violence et l’erreur que c’est de s’imposer une discipline pour nous changer. Il raconte être très surpris de cette tendance à se rendre responsable de nos difficultés, tandis que nous faisons déjà tant. Cela m’a beaucoup interpellée. Je me suis alors rendu compte que j’utilisais à défaut le terme de “travailler sur soi” puisque je ne travaillais pas vraiment sur moi. Je ne me suis jamais imposé quoi que ce soit, je ne me suis jamais violenté pour changer, et je crois avoir été plutôt indulgente avec moi-même depuis que j’ai débuté mon cheminement personnel. En réalité, comme le dit Saverio Tomasella, je n’ai jamais travaillé sur moi, je me suis simplement interrogée, j’ai appris à m’écouter, j’ai “exploré, attendu, accueilli, découvert, compris… Je me suis surtout libéré, en me dégageant de blocages profonds, en soignant progressivement mes blessures et en laissant choir des illusions, des croyances invalidantes, des idées  fausses ou trop compliquées. J’ai aussi lentement appris à m’aimer. Je n’ai pas eu besoin de faire preuve de discipline, seulement de désirer”. 

Cette lecture n’est-elle pas éclairante ? Moi qui accorde énormément d’importance aux mots, je me suis laissée croire que “travailler” était le terme adéquat pour évoquer mon introspection personnelle. Je vous laisse aller voir l’étymologie du mot “travail”. Ce n’est pas très joli… Dorénavant, pour évoquer mes interrogations, je n’utiliserai plus le terme de travail, qui implique une forme de lutte contre soi-même

Exister et devenir humain est à l’opposé d’un travail. Alors vivons,  jouons, chantons,  dansons ! Evoluer, s’épanouir et grandir en sagesse demande beaucoup de temps, beaucoup d’amour, beaucoup de douceur et d’indulgence, beaucoup de tendresse réelle. Accordons-nous tous cela généreusement…

Aujourd’hui, j’ai 24 ans. Je suis consciente qu’il me reste encore un long chemin à parcourir. Mais j’éprouve énormément de gratitude d’avoir compris tout cela assez jeune. Je suis heureuse d’être hautement sensible, je suis heureuse de m’interroger sans cesse, je suis heureuse d’avoir envie de découvrir, de comprendre toujours davantage… Je suis heureuse d’être sur le bon chemin. 

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